De l’aléa climatique estimé au risque vécu : confrontation des échelles macro et micro-locales dans la perception et l’adaptation aux risques climatiques

Face aux pressions climatiques croissantes en région méditerranéenne, l’évaluation du risque climatique agricole ne peut plus s’envisager sous le seul angle météorologique. Ce travail étudie le croisement entre des aléas éco-climatiques estimés à l’horizon 2060 (scénario RCP 8.5, résolution 8 km) et la perception du risque par les agriculteurs, sur le terrain à travers d’enquête semi-directive, au sein du réseau de sites partenaires de la Chaire AgroSYS (viticulture, arboriculture, maraîchage).

La confrontation entre les projections climatiques et les enquêtes de terrain montrent une sous-estimation globale du risque par rapport à l’aléa estimé, par les agriculteurs. Ce décalage s’explique d’abord par le rôle de filtre des caractéristiques biophysiques locales (sol, relief, microclimat), qui amortissent ou amplifient les contraintes selon l’aléa considéré. Il provient également d’une perception centrée sur le risque résiduel. Celui-ci est fortement atténué par les infrastructures de protection déjà en place, notamment l’accès sécurisé à l’irrigation sur le réseau. L’étude met en lumière que la nature et la temporalité du risque perçu guident souvent l’orientation des réponses entre adaptations incrémentales sur le court terme, systémiques sur le temps durable et transformationnelles comme ruptures profondes du système.

Néanmoins, malgré la conscience du risque, le choix et le déploiement de ces leviers restent influencés et freinés par des contraintes structurelles majeures : le verrou réglementaire des cahiers des charges d’appellation (AOP), les limites financières, les contraintes liées à la charge et à l’organisation de travail. Enfin, ce travail met en garde contre les risques de maladaptation induits par une dépendance technologique et l’invisibilisation des risques. L’étude soulève la faisabilité agronomique des démarches agroécologiques « sans regret » pour concilier l’organisation de travail des agriculteurs, l’adaptation locale et l’atténuation globale.

Pour en savoir plus, consultez le mémoire associé à ce stage ou le webinaire de présentation de ce travail.